Newsletter #30

Conversation entre une plante et un papillon 🌿🦋

Temps de lecture : 5 minutes 🕟

Elles sont là, autour de nous. Un peu ou, si l’on a de la chance, beaucoup.
On passe souvent à côté, dessus, ou dessous.

Les plantes, silencieuses et immobiles, teintent les paysages de nuances de vert sous nos regards souvent indifférents.

Et, si je vous disais que les plantes sont bien plus bavardes que vous ne le pensez ? 

On a une fâcheuse tendance à se figurer les plantes comme de simples éléments du décor. Pourtant, elles sont en mesure de percevoir leur environnement (lumière, eau, nutriment, toucher, présence de plantes voisines ou d’insectes…) et d’interagir avec lui. Elles peuvent par exemple modifier l’orientation de leurs feuilles, le développement de leurs racines ou répondre à une menace en produisant des toxines ou en attirant le prédateur naturel d’un herbivore indésirable.

Mais il y a plus fantastique encore.

Loin de nos perceptions immédiates, le monde végétal s’agite et bourdonne d’informations.  

La recherche scientifique en botanique a découvert que les plantes communiquent activement entre elles, et s’attelle à dévoiler les secrets de ces modes de communication aussi anciens que sophistiqués.

Pour les curieux, en voici un minuscule aperçu :

  • Une grande partie des échanges s’effectue grâce à une communication chimique : les plantes produisent des molécules qui se déplacent sous forme gazeuse dans l’air ou dans le sol.
  • Les plantes utilisent aussi le réseau mycorhizien – une sorte de réseau social souterrain, créé par un enchevêtrement de racines et de champignons, qui permet des échanges actifs de nutriments et de signaux.
  • La recherche a également démontré l’existence de vibrations ou encore de signaux électriques qui ne sont pas sans rappeler notre propre système nerveux.

En fonction de leur environnement, les plantes développent des stratégies de communication différentes. Certaines peuvent diffuser des signaux « publics », perçus par de nombreuses espèces, et d’autres communiquer incognito via des messages ciblés, principalement détectés par certains végétaux ou organismes associés.

En outre, des découvertes plus récentes ont révélé que les plantes communiquent également avec d’autres êtres vivants, comme des champignons, des microorganismes ou… des animaux.

Lorsqu’une plante n’est pas en grande forme (qu’elle est, par exemple, déshydratée ou blessée), elle ne se contente pas toujours de souffrir en silence.

Certaines plantes stressées émettent des ultrasons : de petits « pop » similaires aux cliquetis que fait le pop-corn en éclatant dans une casserole. Ils émaneraient de petites bulles qui circulent dans le xylème : un réseau transportant l’eau et les nutriments des racines aux feuilles.

Ces sons, émis à des fréquences situées entre 20 et 100 kHz, sont complètement inaudibles pour nous, les humains, mais détectables par de nombreuses autres espèces (chauves-souris, rongeurs, insectes…) et notamment par les papillons de nuit.

(Alors oui, on peut regretter que la limitation de nos sens nous prive de ces informations, mais dites-vous qu’une petite sieste près d’un champ serait peut-être beaucoup moins reposante si nos oreilles étaient branchées sur les bonnes fréquences).



Une équipe de chercheurs de l’Université de Tel Aviv a démontré que les papillons femelles de l’espèce Spodoptera littoralis (aussi appelée Noctuelle méditerranéenne) étaient capables de percevoir et de réagir aux sons émis par les plantes en situation de stress. 

Ces papillons, qui ont pour habitude de déposer leurs œufs sur des plantes afin que leurs larves puissent s’en nourrir, doivent soigneusement sélectionner leur site de ponte pour garantir la survie de leur progéniture. Une plante saine fournira de la nourriture à profusion, une plante mourante condamnerait les larves après l’éclosion.

Selon les chercheurs, l’audition ultrasonique des papillons leur permettrait d’évaluer l’état de stress des plantes et d’utiliser cette information pour choisir où déposer leurs œufs.  

(Leur audition ultrasonique leur permet aussi d’échapper aux chauves-souris, mais ça je vous en parlerai une prochaine fois, c’est prodigieux).

Cette étude constitue le premier cas documenté d’un animal réagissant aux sons émis par une plante : un vaste territoire de recherche encore inexploré.  

Alors oui, bravo à ceux qui suivent : dans ce cas précis, les sons émis par les plantes ne semblent pas spécifiquement destinés aux insectes, mais résultent plutôt d’un stress physique. L’interaction, bien qu’à sens unique, reste néanmoins fonctionnelle.

Photographie Egor Kamelev – Pexels

Par leur écoute du monde végétal, les papillons nous rappellent que le monde vivant est tissé d’innombrables échanges imperceptibles à nos sens.

Les plantes se révèlent, quant à elles, bien loin des éléments fondamentalement apathiques et décoratifs que nous imaginions. En émettant des signaux, elles influencent le développement de leur écosystème. En favorisant certaines symbioses, en modulant leur croissance ou en attirant certains animaux : elles façonnent activement leur environnement. Et donc oui, le nôtre.

(Nota bene : rappelons tout de même ici que l’utilisation de produits chimiques, la déforestation ou les conséquences du changement climatique peuvent entraver ces échanges et avoir des conséquences importantes et non-maîtrisées sur les écosystèmes).

Alors, entendons-nous bien, je ne suis pas en train de vous conseiller d’éviter de marcher sur des plantes à l’avenir, j’imagine que votre vie est déjà assez compliquée comme elle l’est. Mais seulement de réaliser que (malgré notre légère tendance à l’envahissement) nous ne sommes qu’une toute petite partie d’un écosystème complexe et fragile, au sein duquel les plantes, les champignons, les animaux communiquent grâce à des signaux que nous commençons à peine à appréhender – et d’autres qui nous échapperont peut-être à jamais.

Est-ce qu’au fond, elle ne serait pas là, la magie ? ✨ 🌙

À tout bientôt et vive les papillons de nuit,

Laurette