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Nous sommes loin d’avoir tout vu 👁️
Pour bien commencer l’année, j’ai une bonne nouvelle pour vous : nous sommes loin d’avoir tout vu.
Il y a environ 2 millions d’espèces connues sur Terre (animaux, plantes, champignons, bactéries et tutti quanti confondus).
Mais il ne s’agirait-là que d’une fraction de sa biodiversité. Les scientifiques estiment que nous n’avons à ce jour découvert que 10 à 20 % des espèces qui peuplent notre planète.
Chaque année apporte son lot de nouvelles espèces. Grâce à l’utilisation de technologies de plus en plus pointues, ces découvertes sont désormais plus rapides et plus précises.
L’année écoulée n’a évidemment pas échappé à la règle. Au cours des 12 derniers mois, nos scientifiques se sont affairés à collecter, étudier et cataloguer l’extraordinaire diversité de la vie sur Terre.
Voici une petite sélection d’espèces décrites en 2025 :

Marmosa chachapoya – Photographie Pedro Peloso
🦝 Marmosa chachapoya : une nouvelle espèce d’opossum a été découverte dans les forêts de nuages des Andes péruviennes, dans le Parc naturel de Rio Abuseo. Beaucoup de mystères entourent encore ce petit mammifère masqué, nommé en référence aux Chachapoyas, un peuple de la région aujourd’hui disparu. L’individu a été trouvé à 2664 mètres d’altitude, dans une région qui semble abriter de nombreuses espèces uniques, mais dont le relief escarpé et la végétation dense rendent l’exploration difficile.
🌳 Tessmannia princeps : des arbres pouvant atteindre 40m de haut (c’est-à-dire l’équivalent d’un immeuble de 13 étages !), pourvus d’énormes racines et a priori vieux de 3000 ans ont été trouvés au cœur de la forêt tropicale des monts Udzungwa en Tanzanie. Ils font partie d’un écosystème reliant deux forêts ancestrales vielles de 30 millions d’années. Leur âge exact sera confirmé ultérieurement grâce à une datation au radiocarbone.
🦈 Une nouvelle espèce de requin-guitare (famille de Rhinobatidae) – nommé ainsi en raison de sa forme, et non de sa fibre musicale – a été identifié au large du Mozambique. Il s’agit de la 38ème espèce de requin-guitare connue dans le monde.
🐍 Leptophis mystacinus : une nouvelle espèce de serpent perroquet a été découverte dans le Cerrado brésilien. Ce serpent non-venimeux aux couleurs vives vit dans les arbres où il se nourrit d’oiseaux et de petits lézards. Sa particularité ? Une bande noire sur le museau qui lui a valu son sobriquet – car mystacinus vient du grec ancien μύσταξ (mýstax), qui signifie « moustache ».

Thismia selangorensis
🧚 Thismia selangorensis :en se baladant sur une aire de pique-nique fréquentée de la réserve forestière de Hulu Langat en Malaisie, un scientifique a repéré une espèce de plante inhabituelle. Elle a été identifiée comme une nouvelle espèce appartenant à un groupe de plantes connu sous le joli nom de « lanterne de fée » : des plantes à fleurs à l’allure surprenante qui sont mycohétérotrophiques (à vos souhaits). Contrairement aux autres plantes, celles-ci n’utilisent pas la photosynthèse, mais se nourrissent des nutriments produits par les champignons présents sous terre. En danger d’extinction, elles semblent très vulnérables aux gros godillots des nombreux randonneurs présents sur ce site.
🐸 Nectophrynoides luhomeroensis : chez les grenouilles et les crapauds, ovipares, la règle veut que les femelles pondent des œufs qui deviendront des têtards. Mais les minuscules crapauds endémiques découverts en Tanzanie viennent bouleverser les habitudes en pratiquant…La fécondation interne. Comme les mammifères, vivipares, ils portent les embryons à l’intérieur de leur corps jusqu’à la naissance. Un processus exceptionnel et impressionnant puisque certaines femelles pourraient porter jusqu’à 100 petits !

Careproctus colliculli – Photographie MBARI
🐟 Careproctus colliculi : les abysses comptent parmi les environnements les plus méconnus de la planète : situés entre 3000 et 6000m de profondeur, ces fonds marins sont soumis à des pressions écrasantes, des températures basses et une obscurité permanente. Ils abritent cependant une faune diversifiée dont une grande partie nous est encore inconnue. Récemment, des scientifiques ont découvert un « poisson-limace bosselé » qui ne mérite absolument pas son nom. Avec ses grands yeux et son petit smile, il a immédiatement fait sensation auprès de la communauté scientifique, qui est même allée jusqu’à le qualifier de particulièrement « mignon » pour une créature des profondeurs. Et franchement, on est d’accord.

La liste est évidemment encore longue.
Mais, cette petite sélection nous permet déjà de tirer deux conclusions :
Déjà, nos chercheurs ne manquent définitivement pas d’inspiration lorsqu’il s’agit de nommer une nouvelle espèce (j’aurais aussi pu vous parler de Celestus jamesbondi, un lézard découvert en Jamaïque, près de l’endroit où Ian Fleming donna vie au célèbre James Bond).
Ensuite, une bonne partie des espèces nouvellement découvertes sont déjà menacées d’extinction. En raison de l’expansion considérable des activités humaines, elles voient leurs habitats naturels se réduire comme peau de chagrin.
Alors, vous pourriez me rétorquer que finalement, découvrir de nouvelles espèces, surtout lorsqu’elles sont très proches d’espèces existantes, on s’en fiche un peu, non ?
Bien sûr que non.
Déjà parce que, comme je me tue à le répéter, c’est quand même plus sympa quand on connaît ses voisins.
Avant de nous esquinter à envoyer des fusées sur Mars (cc Elon), on pourrait prendre le temps de découvrir les quelques 80% d’espèces terrestres que nous n’avons pas encore formellement rencontré.
Ensuite, comme nous le savons, chaque espèce occupe un rôle unique dans son écosystème et, par extension, dans la toile interconnectée qu’est notre monde. Si nous ne savons pas qui vit où, comment pourrait-on les protéger et protéger leur environnement ?
Notre planète recèle encore de nombreux secrets. En restant attentifs et curieux, nous avons encore tant de choses à découvrir, à comprendre et autant de raisons de nous émerveiller.
Alors, ouvrons les yeux.
Nous sommes loin d’avoir tout vu.

Sources :
Pavan, S. et al. (2025). Marmosa chachapoya sp. nov., a new species of mouse opossum from the cloud forests of the Peruvian Andes. American Museum Novitates.
Bianchi, A., Tomasi, L., Mwakisoma, A., Barbieri, M. & Luke, Q. (2025). Tessmannia princeps (Fabaceae), a new rainforest tree from the Udzungwa Mountains, Tanzania. Phytotaxa 694(2): 109–118. DOI:10.11646/phytotaxa.694.2.1
Siti-Munirah Mat Yunoh, Tan Gim Siew, Mat-Tahir, M. F. & Azhar, A. (2025). Thismia selangorensis (Thismiaceae): a new mitriform fairy lantern species from Selangor, Malaysia. PhytoKeys 267: 9–21. DOI:10.3897/phytokeys.267.157968.
Gerringer, M.E. et al., 2025. Descriptions of three newly discovered abyssal snailfishes (Liparidae) from the Eastern Pacific Ocean. Ichthyology & Herpetology, 113(3), pp.487–506. doi:10.1643/i2024069
Albuquerque, N.R. et al., 2025. A new species of parrot snake, Leptophis (Serpentes: Colubridae) from the Brazilian Cerrado. PeerJ Life & Environment, 13, e18528. doi:10.7717/peerj.18528.
Thrane, C. et al. (2025). Museomics and integrative taxonomy reveal three new species of glandular viviparous tree toads (Anura: Bufonidae: Nectophrynoides) from Tanzania’s Eastern Arc Mountains, including Nectophrynoides luhomeroensis sp. nov. Vertebrate Zoology 75: 459–485. DOI:10.3897/vz.75.e167008
