Newsletter #23

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Qu’est-ce qui brille en haut d’un sapin et n’a rien à voir avec Noël ? 🎄

👉 Un polatouche.

Un pola…quoi ?

Le terme « polatouche » est un nom vernaculaire qui désigne plusieurs espèces d’écureuils volants.

Vous savez, ces écureuils dotés d’une membrane (un repli de peau) qui s’étend de leurs membres antérieurs à leurs membres postérieurs, leur permettant de planer sur de longues distances ? (Le record ? 80 m !). Pendant les vols planés, ils se dirigent grâce à leur queue, qu’ils utilisent comme un gouvernail. Ce sont des rongeurs nocturnes qui se retrouvent sur une large partie du globe : de l’Amérique du Nord au Japon en passant par la Sibérie.  

Information bonus : d’après Wikipédia, le mot « polatouche » viendrait du polonais polatucha qui signifie « rondouillard à voile ». C’est vous dire.

Ça y est, vous y êtes ?
Bien.

Alors, quel rapport avec Noël, la fête des lumières ?
J’y arrive.

En 2019, le professeur en gestion forestière et biologie, Jon Martin, se promenait de nuit en forêt, armé d’une lampe UV, à la recherche de lichen, champignons et grenouilles biofluorescentes. (C’est complètement le genre de personne avec qui je me verrais bien traîner, au passage).
C’est alors qu’il entendit un bruit au niveau d’un arbre avoisinant. En braquant son faisceau lumineux sur la source du vacarme, il découvrit un écureuil…rose.

Il semble important de rappeler à ce stade que, pour notre œil humain, à la lumière du jour, les polatouches sont sobrement vêtus de gris, de blanc ou de marron.

Mais alors comment expliquer cette incongrue découverte nocturne ?

🔦 Le professeur Martin utilisait une lampe à ultraviolet, capable de révéler à l’œil humain les matériaux fluorescents. Sous son faisceau, l’écureuil se mit à briller d’une teinte rose inattendue. Ce phénomène s’explique simplement : ses poils absorbent les rayonnements ultraviolets pour les réémettre sous forme de lumière visible.
Le polatouche observé cette nuit-là était donc… biofluorescent !

Une découverte majeure pour la science, qui n’a à ce jour identifié que très peu d’espèces de mammifères luminescents.

Ni une ni deux, Jon et ses collègues se sont empressés de tester la luminescence de tous les écureuils empaillés disponibles dans les musées. Et toutes les espèces de polatouches, à l’exception d’une (il faut toujours une exception), se sont révélées fluorescentes.

Alors, pourquoi nos rondouillards à voile fluorescent-ils ?
Eh bien, la science n’a pas encore de réponse définitive.

La fluorescence chez ces animaux pourrait notamment servir :

  • De moyen de reconnaissance entre individus – car si nous ne voyons pas la fluorescence à l’œil nu, les animaux capables de percevoir le spectre ultraviolet, eux, la voient. La vision ultraviolette serait d’ailleurs cruciale pour de nombreux noctambules.
  • D’atout de séduction – pour certaines espèces, la fluorescence est un indicateur de l’état de santé et de la vivacité des individus. Plus ils s’illuminent et plus ils sont sexy, en somme.
  • De camouflage – les lichens qui recouvrent les arbres dans lesquels les polatouches évoluent sont souvent luminescents. La biofluorescence permettrait aux polatouches de se fondre dans le décor en toute discrétion.

Évidemment, vous pouvez compter sur les chercheurs pour continuer à creuser cette question, et sur votre serviteur pour vous relayer sans délai les dernières nouvelles à ce sujet.

D’ailleurs, je profite de cette dernière newsletter de 2025 pour vous dire un immense merci pour m’avoir lue tout au long de cette année.

Des araignées qui se déplacent en transport aérien, des mouches saoules, des orques qui portent des chapeaux en saumon-morts, des bourdons qui jouent au foot, des méduses immortelles, des poissons qui mènent leur business d’une main de maître… le monde vivant nous en aura décidément mis plein les mirettes.


Vous avez, je pense, de quoi largement alimenter vos conversations avec votre voisin de table lors du repas de Noël. De nada

(N’hésitez pas à leur souffler de s’inscrire aussi 😉)

On se retrouve l’année prochaine pour plein de nouvelles informations insolites sur les mondes vivants ?

En attendant, profitez bien des fêtes et prenez soin de vous.
À tout bientôt,
Laurette

Sources : Kohler, A.M., Olson, E.R., Martin, J.G. & Spaeth Anich, P. (2019). Ultraviolet fluorescence discovered in New World flying squirrels (Glaucomys). Journal of Mammalogy, 100(1), 21–30. doi:10.1093/jmammal/gyy177.