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Je préfère vous prévenir, cette newsletter pourrait vous donner envie de vous blottir au chaud chez vous, enroulé.e dans un plaid, chaussettes en laine aux pieds et thé fumant en main, pour regarder la pluie froide de novembre tomber par la fenêtre 🧦☕🌧️

Dehors, les températures ont chuté et la forêt s’est teintée de brun. Les dernières feuilles tourbillonnent dans la brise froide. Les oiseaux se sont tus, ceux qui devaient partir sont déjà loin.
Peu à peu l’hiver s’installe, la forêt se fait plus calme.
Enfin pas complètement. Il y a quelques jours, alors que je faisais mon jogging, un audiobook dans les oreilles et tout occupée à ne pas glisser sur un tas de feuilles humides, voilà qu’un éclair roux me coupe la route à toute berzingue et manque de me faire trébucher.
Un écureuil roux (sciurus vulgaris) visiblement affairé et imprudent.
Il faut dire que ce petit rongeur diurne en a sous le capot : il est capable d’atteindre des pointes de vitesses de 7m/seconde et de bondir d’un coup de 6 mètres en cas de danger. Pas étonnant que ce bolide de la forêt ait manqué de me renverser.
Son secret ? Un physique taillé pour la voltige. Des pattes arrière puissantes, de longues griffes pour s’agripper et, surtout, une queue touffue qui lui sert à peu près à tout : balancier quand il grimpe, gouvernail quand il bondit, parachute quand il tombe.
Mais ce n’est pas tout ! Sa queue lui sert aussi à s’ombrager quand le soleil tape, à s’abriter quand il pleut et à se blottir quand il a froid.
Car, ah oui nous y voilà : ce lutin des canopées n’est pas qu’un ninja de la forêt, c’est aussi un maître dans l’art sacré du cocooning.

Photographie Sonia Johson – Flickr
L’art du cocooning 🐿️🍄
Contrairement à ce que l’on pourrait parfois penser, l’écureuil roux n’hiberne pas.
S’il est plus rare d’apercevoir ses petites oreilles pointues une fois l’hiver venu, c’est parce que ce petit mammifère adapte son mode de vie à la saison froide.
Trois mots d’ordre pour cette période de l’année : réserves de nourriture, nid douillet et activités réduites (ça vous rappelle quelqu’un ? Moi oui).
On va voir ça d’un peu plus près ? Et, si ce n’est pas déjà le cas, ce n’est pas impossible que ça vous donne deux-trois idées pour traverser les mois qui se profilent.
Se préparer un casse-dalle de circonstance
Du sol de la forêt à l’extrémité des branches les plus fines des cimes, notre petit opportuniste explore quotidiennement tous les étages de la forêt pour se trouver à becqueter. Au menu : végétaux, fruits, baies, glands, noisettes, faînes, pommes de pin, escargots, limaces, larves, champignons, petits insectes et même des œufs ou des oisillons (oui, c’est triste).
Certaines espèces d’écureuils choisissent soigneusement des champignons, qu’ils feront sécher en les piquant sur une branchette et en les suspendant dans un arbre (une technique de séchage-hors-sol qui favorise leur conservation).
L’écureuil passe donc une bonne partie de l’automne à constituer des réserves pour l’hiver : il emporte, il cache, il suspend, il enfouit…multiplie les cachettes et, au passage, en boulotte une partie pour s’engraisser.
Sa mémoire spatiale et son odorat lui permettront de retrouver (au moins une partie de) son butin au cours des semaines qui suivront.
En oubliant une partie de ses réserves, il participe involontairement à la régénération de la forêt et aux repas de chanceux en tout genre (sangliers, geais, pics, renards, mulots…) qui s’en délecteront.
S’il venait à tomber sur la réserve du voisin au cours de ses pérégrinations, il ne se priverait évidemment pas de se l’approprier – et inversement. Une façon comme une autre d’entretenir les relations de voisinage.
S’aménager un nid douillet
Naturellement, quand on est passé maître dans l’art du confort, on ne dort pas à la belle étoile.
L’écureuil construit, non pas un, mais plusieurs nids : des résidences secondaires assez rustiques réparties sur l’ensemble de son territoire pour la belle saison et un nid principal pour l’hiver, qu’il entretiendra plusieurs années de suite.
Et quel nid ! Attendez, je vous emmène faire un rapide tour du propriétaire parce que ça vaut le détour.
Le nid de l’écureuil roux s’appelle « la hotte » (non mais déjà !). C’est une grosse sphère tressée de 30 à 60cm de diamètre, aux parois denses et solides, souvent placé entre 6 et 15m de haut. Elle est composée de rameaux, de mousse, d’écorce ou encore de lichen. Au sol un tapis douillet fait de mousse, de plumes mais aussi de tout élément trouvé au hasard dans la forêt que notre ami à poils jugera moelleux et confortable (si vous perdez un gant en forêt, consolez-vous en vous disant qu’il n’est pas complètement impossible qu’un écureuil dorme dessus le soir).
La hotte comporte deux ouvertures : une principale et une de secours, opposée à la première, qui permettra à l’écureuil de fuir facilement en cas de danger (par exemple une martre qui débaroule au milieu de la nuit pour le croquer).
Et, tenez-vous bien, les ouvertures sont obstruées par une petite « porte » qu’il referme scrupuleusement à chaque passage.
Une petite porte bon sang de bois !
Alors, on n’est pas tout à fait sur une jolie petite porte à gonds décorée pour les fêtes, mais il s’agit plutôt d’un bouchon naturel repositionné avec soin après chaque passage.
Grâce à ce système d’isolation tout à fait au point, il fait bon vivre dans la hotte : par temps de gel, il peut y faire 20°C !
Notre écureuil s’enroule dans sa longue queue et le voilà dans un chill absolu.
Espèce solitaire, il se complait parfaitement dans l’isolement. Il lui arrive, en cas de froid extrême, de partager sa hotte avec un autre individu adulte – mais cela reste exceptionnel.

Photographie : Denis Edmond – Flickr
Vider son agenda
Alors évidemment, en hiver il ne sort pas beaucoup (et on le comprend).
Il adapte ses horaires et sort parfois discrètement à la mi-journée, quand la lumière rasante du soleil vient adoucir l’atmosphère, pour chercher la nourriture qu’il a mise de côté. Puis il rentre fissa dans son gîte se reposer. Car pour passer la saison froide, ce voltigeur doit économiser son énergie.
En cas de vague de froid ou de mauvais temps, il lui arrive de rester plusieurs jours blotti au chaud dans son cocon.

Finalement, cet art de traverser l’hiver ne nous est pas complètement étranger, si ?
Si quand il pointe le bout glacial de son nez, vous êtes plutôt du genre à annuler tous vos plans pour rester seul chez vous avec une bonne soupe chaude, vous relevez peut-être moins du Grinch que de l’écureuil roux.
C’est quand même plus sympa, non ?
On pourrait presque se dire que c’est une bonne excuse pour prendre soin de nous ?
Allez, bisous.

Sources :
Lurz, P. W. W., & South, A. B. (2000). Red squirrel dreys: structure, placement, and function. Mammal Review, 30(2), 143–156.
Gurnell (1987) & Lurz & South (2000), confirmées par des fiches naturalistes françaises (OFB, Fédération des Parcs naturels régionaux, etc.)..
Hendricks, Paul & Hendricks, Lisa M. (2015). Use of Conifers by Red Squirrels (Tamiasciurus hudsonicus) in Montana for Drying and Caching Mushrooms. Northwestern Naturalist, 96(3), 240‑242. DOI : 10.1898/1051‑1733‑96.3.240
